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Présentation

En route vers la Lituanie

A 30 km de Lavaux-Sainte-Anne, des moines bénédictins prient pour l’unité de l’Eglise.  Le monastère de Chevetogne regroupent des moines de rites latins et byzantins, étant un signe et un appel à l’unité entre les Eglises.  Ils nous ont donné de découvrir deux figures d’Orient : Saint Séraphin de Sarov (Russie) et Saint Silouane du Mont Athos (Grèce).  C’est ainsi qu’après la chute du mur de Berlin, nos regards se sont naturellement tournés vers les pays de l’est qui retrouvaient la liberté d’expression.

C’est dans ce contexte qu’au mois de mars 1991, frère Joseph a été invité à un congrès à Paris dont le thème était « Comment redonner une âme à l’Europe ? » Des contacts avaient été pris avec un prêtre ukrainien.  Pourtant à cause de problèmes d’obtention de visas, c’est vers la Lituanie que frère Joseph s’est dirigé.  Jūrate Telerskaite participait à cet événement avec une délégation lituanienne.  Elle raconte sa première rencontre avec les frères de Tibériade
„J‘ai fait une expérience très forte de Dieu en 1990 lors d‘un séjour à Taizé.  En retournant en Lituanie, je retrouvai l‘Eglise avec un discours moralisant très loin de l‘esprit de Vatican II.  J‘ai visité beaucoup de communautés en France, j‘ai compris que nous avions besoin d‘aide, nous avions besoin d‘oasis spirituelle.  Ce désir intérieur s‘est assez rapidement réalisé.  En mars 1991, j‘ai rencontré frère Joseph de la fraternité de Tibériade.  Nos routes se sont croisées, mon désir était d‘inviter des missionnaires parler de l‘Amour de Dieu, et pour frère Joseph il cherchait à partir en mission à l‘est pour annoncer l‘Evangile. L‘été 1991, Vytautas Toleikis qui participait à cette rencontre à Paris, a invité frère Joseph à un camp „ateitininku“ durant l‘été. Ce fut une expérience formidable de prière, de joie et de vie avec les jeunes.“

Ainsi suite à ce premier contact, tout s’est très vite concrétisé.  Le camp était organisé par Vytautas Toleikis, un professeur de Vilnius pour des jeunes du mouvement Ateitis.  « Je vivais ce premier voyage en train vers la Lituanie plus comme un pèlerinage sur la terre des martyrs qu’une mission d’évangélisation, raconte frère Joseph, nous étions environ 30 jeunes et logions en Samogitie (Žemaitija) près du lac Plateliai.  Chaque jour nous partions à la rencontre de personnes intéressantes (poètes, écrivains, moines,…)  C’est comme cela que nous avons fait connaissance avec le Père Stanislovas de Paberžė, de Orvydas, du frère Astijus de Kretinga et de tant d’autres. »

Quelques semaines après ce premier séjour en Lituanie, deux jeunes (Darius et Daiva) sont arrivés en Belgique en auto-stop.  Ils venaient inviter frère Joseph à retourner en Lituanie.  C’est ainsi que le 11 novembre 1991, frère Marc, frère Joseph et frère Benoît partent pour deux semaines en Lituanie.  Pour frère Marc cette mission était invraisemblable, la fondation en Belgique grandissait très lentement.  Il  n’y avait alors que trois frères.  Ce séjour en 1991 a été déterminant.  Un vent de liberté soufflait et on pressentait la soif spirituelle des jeunes.  La rencontre avec le cardinal Sladkevičius était très encourageante, il demandait aux frères de fonder étant particulièrement interpellé par leur mission auprès des jeunes et des familles.  « La suite de notre visite continue par des moments de prière au Mont des Croix, à Aušros vartai, se souvient frère Joseph, nous avions des rencontres dans des écoles, des pensionnats, chaque jour des appels nous sont faits pour une fondation.  La vie quotidienne est très simple, il nous faudra faire 7 magasins pour trouver 1 kg de pomme de terre. »

Tibériade sera ici à Baltriškės

Avant la fondation définitive en avril 2001, frère Joseph avec d’autres frères aura réalisé 18 voyages en Lituanie.  Le choix pour le village de Baltriškės s’est effectué l’année suivante.  En juin 92, après le second camp ateitis, le Père Algirdas Dauknys accueille les frères.  Il fait visiter toute la région, Rokiškis, Dusetos, Zarasai et Salakas.  C’est alors qu’il propose lui aussi un endroit pour la communauté.  « C’était après la messe des premières communion à Degučiai poursuit frère Joseph, nous rentrions à Antalieptė par les routes de campagne, tout à coup, une belle église en bois du début du siècle se laisse apercevoir.  On est à Baltriškės, l’endroit nous touche beaucoup, Tibériade sera ici. »  En novembre 1992, frère Marc visite le village et confirme que la communauté s’y implantera.  L’accueil des villageois a favorisé ce choix.

Le premier camp des jeunes s’organise en juillet 1993, Romas Gurklys qui habite provisoirement au presbytère accueille nos frères pèlerins.  Ils logent dans le presbytère tandis que les jeunes dans l’ancienne école du village.  Il y a environ 30 jeunes, de Zarasai, Utena, Vilnius.  « Nous mangeons par terre, car il n’y a pas encore de tables, ni de bancs. Après le camp, nous visitons des jeunes dans les écoles, plusieurs ont commencé des groupes de prières qui se réunissent chaque semaine.  Le Père Algirdas et Romas nous aident pour les démarches administratives, l’installation du téléphone, les papiers pour acquérir l’école du village. »
C’est en 1995 que la communauté s’est installée à l’autre bout du village.  Une maison s’est libérée et un ancien kolkhoze, tout proche, offrait une belle opportunité.  C’est incroyable le nombre de jeunes qui ont aidé à transformer ce kolkhoze en maison d’accueil.  Tout s’est fait très progressivement, il a fallu démonter la toiture et les murs en bois, il y a eu du bois de chauffage pendant 5 ans, détruire les mangeoires des vaches… et puis tout reconstruire. « Je venais d’entrer dans la fraternité, se rappelle frère François et c’est comme novice que je suis parti pour la première fois pour Baltriškės.  Le lieu m’a beaucoup impressionné.  Les frères vivaient à ce moment comme dans un camp permanent, il n’y avait pas encore l’eau courante.  La lessive à la main était un événement hebdomadaire.  De nombreux jeunes ou des familles venaient nous visiter à l’improviste avec toujours le même désir de prier et trouver la paix du cœur.  Les quelques habitants du village étaient émerveillés quand on prononçait l’un ou l’autre mot de lituanien.  Au début, des jeunes ou l’un ou l’autre professeur de français d’Antaliepte venaient nous aider pour les traductions.  Et puis peu à peu il a fallu se lancer dans l’apprentissage de la langue.  Lorsque je devais répondre au téléphone, je ne comprenais pas grand-chose et je demandais toujours avec un peu de confusion, s’il vous plait rappelez plus tard…heureusement que mes frères se sont débrouillés plus rapidement.

A la fin de l’été nous reprenons à l’image des cigognes notre envol vers la Belgique.  Antanas et Ona, nos proches voisins étaient chaque fois attristés de nous voir partir.  Il fallait tout cacher, faire semblant que le lieu était abandonné pour ne pas attirer l’attention.  On clouait de vieilles planches sur les fenêtres, on mettait du foin sur la voiture dans le garage et on revenait le printemps suivant.  Il a fallu attendre 2001 pour la fraternité soit en mesure d’envoyer définitivement quatre frères à Baltriškės.  Cela répondait à la promesse qu’avait fait frère Marc au cardinal Sladkevičius :  « Lorsqu’il y aura 12 frères, nous pourrons en envoyer 4 en Lituanie. »

Comme un pas de danse

Au printemps 2001, frère Joseph, frère Bart, frère Gilles et frère François sont arrivés définitivement à Baltriškės. La nature commençait à s’éveiller, les saisons rythment davantage la vie au village.  Les habitants ont marqués beaucoup de bienveillance, ils ont aidés les frères par leurs conseils. Ils ont accueillis leur rythme de prière.  Le potager les a plusieurs fois surpris, avec de nouveaux légumes comme les poireaux ou une autre espèce de pomme de terre.  « Je me souviens de ce jour où Antanas nous a appris à faucher l’herbe, poursuit frère François.  Il montrait comment tenir la faux, il voulait que chacun s’y exerce, il faisait le mouvement avec le frère, cela devenait comme un pas de danse, une valse…

C’est avec impatience que nous attendions l’hiver, comme des enfants.  Quel spectacle, c’est merveilleux de voir le lac gelé, recouvert de neige, les arbres tout blanc sous le givre.  Le plus impressionnant est le silence qui nous plonge dans la contemplation.  C’est tellement beau, mais c’est froid.  C’est vrai qu’il faut déjà quelques stères de bois pour se chauffer.  Cela devient une activité régulière lorsque nous accueillons les jeunes, couper le bois, le fendre, le porter aux abris à bois…Depuis que frère Michel nous a rejoint, nous organisons des we pour les enfants.  Ils vivent pratiquement notre horaire, avec un grand jeu dans l’après-midi, cela met de la vie dans le village.  L’ordination de frère Gilles en 2004 fut une étape importante dans notre implantation à Baltriškės à la fois pour les quelques paroissiens que pour tous les jeunes et les familles que nous accueillons. C’est une grâce d’avoir l’Eucharistie chaque jour, c’est le sommet de notre journée.

Il serait difficile de relater tout ce que nous pouvons vivre durant ces premières années de fondation en Lituanie.  Que de merveilles !  Cela n’est possible que par le don de chaque frère et de tant de personnes qui nous aident par leur prière ou par des petits services.  Nous pouvons témoigner que Baltriškės est une terre de résurrection.  Nous avons vu des jeunes et des familles découvrir une espérance, un sens, passer de la mort à la vie. »

Mise à jour le Jeudi, 31 Décembre 2009 17:05